Monday, May 8, 2017 Rapprocher les gens de la nature : vital pour notre avenir partagé
Reportajes

Nous sommes à la croisée des chemins. Nos actions transforment la planète d’une manière jamais vue jusqu’à présent, et si nous continuons sur cette voie, les conséquences pourraient être désastreuses. Mais il n’est pas trop tard pour changer de cap. Si nous prenons ensemble les mesures qui s’imposent, nous pourrions dessiner un avenir durable où chacun vit en harmonie avec la nature.

La biodiversité est la racine des nombreux systèmes de notre planète que nous considérons comme acquis et qui nous procurent l’air que nous respirons, la nourriture que nous consommons et l’eau que nous buvons. Elle est la garante des écosystèmes indispensables aux sociétés et aux populations pour prospérer, assurant l’accès aux matières premières, aux biens et aux services essentiels. Pourtant, nos propres actions poussent la planète, sa biodiversité et ses écosystèmes à leurs limites.

Actuellement, nous produisons, utilisons et consommons la nourriture et l’énergie sans penser à demain. Mais, de même que pour un prêt bancaire, quelqu’un devra un jour payer la note.

Protéger l’environnement, au même titre que le développement économique et social, est crucial non seulement pour notre bien-être, mais aussi pour l’économie en général. Il est essentiel d’améliorer la production et de consommer de manière plus raisonnée si nous voulons établir des marchés résilients qui respectent les limites exploitables de notre planète, préservent notre capital naturel et contribuent dans l’ensemble à la prospérité économique et sociale. La stabilité financière s’en verra par ailleurs renforcée, et il sera possible d’éviter les risques qu’impliquent la rareté des ressources et les dégâts causés à l’environnement, tels que les inondations, les orages extrêmes et les sécheresses.

Nous devons prendre pleinement conscience de l’ampleur de la tâche. En 2016, le Rapport Planète Vivante du Fonds mondial pour la nature (WWF) a révélé qu’au rythme actuel, les espèces risqueraient d’ici 2020 d’avoir perdu les deux tiers de leurs effectifs au cours des 50 dernières années, un préjudice entièrement imputable à l’activité humaine. La perte et la dégradation des habitats, de même que la surexploitation des espèces, ont atteint des niveaux sans précédent en moins d’une génération.

En janvier, la NASA et le Met Office ont confirmé que l’année 2016 avait été la plus chaude jamais enregistrée, battant le record de l’année 2015, qui avait elle-même dépassé 2014. Les catastrophes naturelles gagnent en intensité et en fréquence. Suite à un épisode El Niño particulièrement marqué l’année dernière et à des températures extrêmement élevées, 36 millions d’habitants d’Afrique australe et orientale ont été touchés par la sécheresse et la famine. Les scientifiques préviennent par ailleurs que les orages se feront de plus en plus violents à mesure que les températures mondiales et que le niveau des mers augmentent.

Mais il y a – malgré tout – une lueur d’espoir. Si l’humanité peut causer ces dégâts, elle peut aussi les réparer. La production de nourriture et de biens et les systèmes énergétiques et financiers doivent être d’urgence transformés radicalement, et ce partout dans le monde. Ce changement commence par chacun d’entre nous.

Aujourd’hui, nous entendons souvent dire que le monde est hyperconnecté ; ce dont nous avons pourtant le plus besoin, c’est d’une « connexion » avec la nature, la substance de la vie sur Terre. La science est une chose, mais c’est la découverte concrète et le contact avec la nature qui rendront cette dernière réelle aux yeux de la population, aussi bien des adultes que des enfants. Nous l’avons vu avec la pollution : lorsque les personnes touchées constatent son impact sur leur santé, elles sont alors prêtes à se battre pour amorcer des changements et pour faire pression auprès des entreprises et des autorités publiques afin d’obtenir leur soutien. Nous devons maintenant nous efforcer de renouer avec la nature à plus grande échelle, une expérience qui pourrait s’avérer totalement unique.

Rien de tel que de se trouver en pleine nature, au sommet d’une montagne, au cœur d’une forêt ou au milieu de l’océan, pour ressentir un lien fort avec l’environnement. Nous réalisons alors que tous les organismes vivants sont interconnectés. Malheureusement, nous sommes trop peu nombreux à pouvoir vivre ces expériences. De plus en plus de personnes habitent en ville, à des kilomètres de la nature. Comment peut-on attendre d’elles qu’elles protègent une chose qu’elles ne voient pas, qu’elles ne comprennent pas, pour laquelle elles ne ressentent pas d’inclination ?

C’est une tâche ardue, mais à laquelle nous devons nous atteler. La nature ne touche pas seulement aux espèces sauvages et aux habitats, mais aussi aux vies et aux moyens de subsistance. La biodiversité apporte de la valeur à chacun d’entre nous, y compris les plus vulnérables. Nous ne pourrons changer notre comportement et valoriser la nature que lorsque nous aurons réellement compris le lien entre nos demandes en nourriture, en eau et en énergie et notre dépendance envers le système naturel de la Terre.

Prenons par exemple les océans. Sous leur immensité bleue, leur importance pour notre planète et ses habitants est pour ainsi dire incalculable. Ils nous procurent de la nourriture et génèrent des billions de dollars d’activité économique dans le monde. En outre, ils produisent la moitié de notre oxygène, absorbent la chaleur et la redistribuent à travers le monde, et régulent les systèmes météorologiques de la planète. Sans ces vastes ressources marines et les biens et services qu’elles fournissent, en apparence illimités, la vie serait impossible.

Mais cette ressource qui nous inspire, nous nourrit, stabilise le climat et procure d’innombrables autres bénéfices montre des signes de faiblesse. Destruction des habitats, pollution ou encore surpêche : les pressions se sont rapidement accentuées ces cent dernières années. Aujourd’hui, près de 90 % des stocks halieutiques dans le monde sont surexploités ou totalement exploités, ne laissant qu’une très faible marge de manœuvre pour nourrir une population humaine en croissance rapide.

Mais il y a sans aucun doute des signes de progrès et des raisons d’espérer. Ces deux dernières années, le monde s’est rassemblé dans une bataille pour notre avenir commun. Après la ratification de l’Accord de Paris, les nations commencent maintenant à mettre en place des mesures pour respecter leurs engagements en faveur du climat. Une dynamique est en train d’apparaître en faveur des cibles relatives à la biodiversité fixées pour 2020. Les objectifs de développement durable concentrent les efforts en vue de relever les principaux défis sociaux et environnementaux de notre époque. Les entreprises prennent l’initiative de fixer des cibles adossées à des données scientifiques pour définir leur action. Des mouvements locaux, tels que l’opération « Une heure pour la planète », montrent que les citoyens tiennent également à contribuer aux efforts mondiaux pour aboutir au changement. C’est un incroyable début, mais nous devons agir plus vite, viser plus haut, et faire preuve de détermination et de résolution pour créer un impact positif.

La protection de la planète passe par les individus et par la prise de conscience que nous sommes tous les habitants d’une seule et même maison. Il faut inspirer davantage de personnes à aimer et estimer notre planète pour la protéger. Nous sommes intrinsèquement liés à la nature, et ce depuis des millions d’années. Sans elle, nous ne pouvons survivre. Pour la première fois, nous savons que nous pouvons détruire notre futur. Mais nous savons aussi quoi faire pour le sauver, et qu’ensemble, tout est possible.

Yolanda Kakabadse,
Présidente de WWF International

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