Monday, May 29, 2017 En nous rapprochant de la nature, nous soignons le monde et nous-mêmes.

Scientifique, présentateur à la radio et à la télévision, auteur et cofondateur de la Fondation David Suzuki au Canada

故事

Cette fascinante boule de roche et d’eau se déplaçant à plus de 100 000 km/h dans l’espace nous fournit tout ce dont nous avons besoin pour vivre et être en bonne santé. Il s’agit là d’un équilibre délicat entre plusieurs systèmes naturels interconnectés (notamment les cycles de l’eau et du carbone, les courants océaniques et atmosphériques) créant des conditions idéales pour la vie humaine.

Si l’équilibre venait à être bouleversé, les systèmes naturels s’ajusteraient et la planète continuerait d’exister, néanmoins, ces corrections pourraient entraver ou stopper la capacité des humains à se développer, voire à survivre. On pourrait penser que cet avertissement suffirait pour nous inciter à étudier nos systèmes naturels et à en prendre soin, mais les événements récents me laissent penser qu’il existe un important fossé entre la population et la planète.

Nous avons modifié les propriétés physiques et chimiques de la biosphère à un tel point que nous sommes dorénavant le principal facteur d’influence des systèmes naturels de la Terre. C’est ce qui a conduit certains scientifiques à surnommer cette période l’Anthropocène. Nous avons créé tant de biens et de technologies et engendré tellement de déchets que les chercheurs désignent les 30 billions de tonnes de créations humaines recouvrant la planète sous le terme de « technosphère » : 100 000 fois supérieure à la biomasse humaine, c'est comme si chaque mètre carré de la surface de la Terre était recouvert de 50 kilogrammes de ces créations.

Notre consommation accrue de combustibles fossiles, la destruction des forêts et les rejets toujours plus importants de gaz à effet de serre dans l’atmosphère entraînent une hausse des températures mondiales, et l’humanité fait ainsi face à sa plus grosse crise. Le changement climatique menace notre existence même.

Et pourtant, nous entendons encore certains avancer que nous n’avons pas les moyens de mettre en place des mesures de protection environnementale ou que l’emploi et l’économie sont plus importants que la protection des systèmes qui nous maintiennent en bonne santé et nous font vivre. Nous nous sommes déconnectés. Que pouvons-nous faire ?

La meilleure façon de remédier à cette déconnexion est de se rapprocher. L’éminent écologiste américain E. O. Wilson désigne ce lien de parenté inné que ressentent les humains envers les autres êtres vivants sous le nom de « biophilie ». Selon lui, nous sommes plus susceptibles de prendre soin de ce que nous aimons et de ce qui revêt de l’importance à nos yeux. Si nous voulons protéger la biosphère qui nous maintient en vie, nous devons redécouvrir ce lien inné.

Cette année, la Journée mondiale de l’environnement a pour thème « Rapprocher les gens de la nature ». Il s’agit là d’un défi majeur, d’autant plus lorsque l’on constate que les enfants des pays développés passent moins de temps en plein air par rapport aux générations précédentes. Les chercheurs estiment qu’en moyenne un enfant d’Amérique du Nord passe moins de 30 minutes par jour à jouer dehors contre plus de sept heures devant une télévision, un ordinateur ou un smartphone. Les adultes ne sont guère mieux. Nous passons beaucoup de temps en voiture, au travail, dans les magasins et à la maison, mais très peu dehors. Le moment est venu de délaisser son écran et de se mettre au vert !

Les études montrent que le fait de se rendre dans la nature offre de multiples avantages : réduire le stress et les symptômes du trouble déficitaire de l’attention ; renforcer le système immunitaire, les niveaux d’énergie et la créativité ; accroître la curiosité et la capacité à résoudre les problèmes ; améliorer la condition physique et la coordination ; et même réduire la probabilité de développer une myopie.

Encourager les enfants à passer plus de temps dans la nature — et les y accompagner — s’avère particulièrement bénéfique. D’après une étude de la Fondation David Suzuki, les personnes qui passent du temps dehors dans leur jeunesse seront 20 % plus susceptibles de prendre part à des programmes d’activités en extérieur ou d’explorer la nature d’eux-mêmes lorsqu’ils seront plus âgés.

La nature façonne également de très bons souvenirs. J’ai eu de la chance, à bien des égards, d’avoir grandi avant l’apparition des télévisions, des ordinateurs, des smartphones et autres distractions électroniques. Pêcher avec mon père, explorer les marais et marécages à la recherche d’insectes, de grenouilles et d’œufs de salamandre, ou encore faire des randonnées dans les montagnes restent mes plus beaux souvenirs. Même en me remémorant le temps passé avec ma famille dans un camp d’internement situé dans la région sauvage de Colombie-Britannique pendant la Seconde Guerre mondiale, de belles images me viennent à l’esprit. Je me revois ainsi jouer le long de rivières regorgeant de poissons et explorer des forêts abritant loups, ours et autres cerfs.

L’ancien terme japonais shinrin-yoku qui signifie « bain de forêt » ou « prendre l’air de la forêt » désigne les effets bénéfiques du temps passé dans la nature. D’après une recherche menée dans les années 1990 au Japon, les personnes prenant le temps d’aller respirer l’air de la forêt diminuent leur risque de souffrir de diabète. Elles sont en outre davantage de bonne humeur et voient leur production de l’hormone du stress diminuer par rapport aux personnes faisant de l’exercice sur des tapis de course en intérieur.

Il est même bon de se salir. À l’occasion de l’atelier Natural Environments Initiative de l’École de Santé publique de Harvard, Alan Logan, auteur du livre Your Brain on Nature, et d’autres experts de différentes disciplines ont établi que les personnes vivant dans des régions marquées par une riche diversité végétale disposaient d’une plus grande variété de microbiomes (les communautés microbiennes présentes sur et à l’intérieur de notre corps). Nous trouvons dans nos intestins des microbes bénéfiques qui décomposent la nourriture et produisent des vitamines, lorsque d’autres recouvrent notre peau, nous protégeant ainsi des attaques de microbes nocifs. L’air que nous respirons, le sol que nous creusons et les plantes d’extérieur avec lesquelles nous entrons en contact abritent divers microbes qui peuvent être absents des milieux intérieurs et bâtis.

Le Mycobacterium vaccae, un microbe que l’on trouve dans la boue et les sols humides, influence les neurotransmetteurs cérébraux de façon à réduire l’anxiété et améliorer le fonctionnement cognitif. Un autre microbe évoluant dans les milieux naturels, l’Acinetobacter lwoffii, est bénéfique pour le système immunitaire des êtres humains en prévenant l’asthme, le rhume des foins et d’autres affections chez les enfants qui y ont été exposés — bien qu’il puisse également causer des infections et des problèmes gastriques pour les personnes aux systèmes immunitaires affaiblis. En outre, Ilkka Hanski et ses collègues de l’université d’Helsinki ont établi que la diversité microbienne réduisait l’incidence des allergies.

Si jouer dans la terre ou jardiner est amusant et relaxant, cela nous aide également à rester en bonne santé. Que vous plantiez des végétaux locaux favorables aux pollinisateurs dans votre jardin, fassiez un pâté de boue, preniez des photos de la faune et de la flore en forêt ou dormiez à la belle étoile, vous créez des liens avec le monde naturel et ouvrez vos yeux et votre cœur à l’extraordinaire biosphère aux interconnexions complexes dont nous sommes tous partie intégrante.

Ce que nous faisons à la Terre, nous le faisons à nous-mêmes. Lorsque nous endommageons les systèmes naturels, ils souffrent et nous souffrons à notre tour. Se rapprocher de la nature est le meilleur point de départ pour rétablir la santé de notre planète et de ses habitants. Il est plus que jamais temps de sortir !

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